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18 mars - 28 mai 1871 les "communeuses" en première ligne

Sur le chemin de l'émancipation féminine, les communardes ont marqué une étape importante en s'engageant totalement pour faire triompher leur idéal de justice sociale et de démocratie.

Les Parisiens ont beaucoup souffert durant les trois mois qui ont précédé le 18 mars, premier jour de la Commune. La famine règne. On a mangé du chien, du chat et du rat et même, pour les mieux nantis, des animaux du Jardin des plantes. Victor Hugo, toujours précis, note dans son carnet domestique que, le 12 janvier, il a mangé un beefsteak d'éléphant. Il précise qu'il coûte 40 francs la livre.

La condition des Parisiennes au XIXe siècle

Les conditions de pauvreté sont extrêmes. L'alcool est une compensation et beaucoup d'hommes dépensent leurs quelques sous à boire. Les femmes sont les premières victimes de cette situation. Pour beaucoup, elles travaillent et sont très nombreuses dans la production industrielle comme le montre l'annuaire statistique des années 1861-1865. Elles sont méprisées parce qu'ouvrières et la valeur de leur travail n'est pas reconnue. Leur patron, leurs chefs, leurs compagnons de travail les bafouent. Elles sont encore plus exploitées que les hommes, et comme toujours maintenues dans des rôles subalternes. La littérature de l'époque est très discrète sur ces questions parce que c'était bien sûr un sujet tabou, mais quelques ouvrages sont révélateurs comme Germinal et L'Assommoir d'Émile Zola. Gustave Geffroy, biographe de Blanqui, avec son livre L'Apprentie, donne une excellente description de la condition des femmes au XIXe siècle.

Les chiffres montrent qu'en 1871, il ne restait plus que 114 000 salariés dans I'industrie parisienne (dont 62 000 femmes) contre 600 000 emplois en 1870. L'échelle des gains va de 250 francs pour les salaires élevés, à 50 centimes par jour pour les heures de travail (diminués du prix des fournitures payées par I'ouvrière). C'est la moitié des salaires masculins. De plus, depuis la transformation de Paris par Haussmann, les loyers sont chers. Jules Simon a établi un budget précis pour une ouvrière qui gagnerait 2 francs par jour (et ce n'est pas le cas de toutes !). Il lui resterait, tous frais déduits, 59 centimes par jour pour la nourriture. Elles ne mangent donc pas à leur faim, ne se soignent pas non plus. Les conditions de travail sont innommables, ateliers malsains, mal éclairés. Les lingères, les couturières subissent la concurrence déloyale des couvents qui emploient une main-d'œuvre gratuite.

Restituer ces conditions, c'est se rendre compte de tout ce qui était à faire, des urgences de la vie quotidienne. Cela permet d'avoir un regard plus juste sur l'ampleur de l'œuvre sociale de la Commune et d'apprécier la place que prirent les femmes dans la lutte. Elles n'avaient rien à perdre. Elles avaient à gagner leur dignité. Alors on s'explique mieux leur engagement total à la mesure de leurs espoirs qui étaient immenses.

Paris refuse de se rendre

Dans les années qui précèdent la Commune, des noms de femmes actives pour la défense des droits des femmes apparaissent dans la vie politique. Nathalie Le Mel participe avec Varlin à la création du syndicat des relieurs. Ils exigent et obtiennent, par la grève, l'égalité de salaire entre hommes et femmes. Nathalie Le Mel joue un rôle essentiel dans la création de restaurants communautaires pour « répartir la nourriture au prix de revient ». Ces lieux sont de véritables clubs où les pensées révolutionnaires se propagent.

Le 4 septembre 1870, lors de la manifestation qui renverse l'Empire, les femmes, surtout des ouvrières, sont nombreuses avec les hommes dans la rue.

Le 8 septembre, une manifestation avec à sa tête André Léo (1) et Louise Michel, réclame des armes pour défendre Paris contre les Prussiens.

Le 7 octobre, les femmes sont encore dans la rue. Elles réclament le droit de participer aux ambulances (postes réservés aux hommes). Ce droit ne sera obtenu que sous la Commune.

Paris veut se battre et n'accepte pas l’idée de la reddition. Pour faire mine de répondre à cette volonté populaire, le gouvernement organise le 2 décembre une tentative de sortie. C'est la bataille de Champigny. À la surprise de tous, la Garde nationale, qui demande à se battre, est maintenue dans Paris. Pendant ce temps, I'armée de la Loire échoue dans sa tentative de prendre de revers les troupes prussiennes.

Les Parisiens jugent incapable et traître ce gouvernement qui s'agite, sans agir vraiment pour gagner. Les gardes nationaux critiquent I'attitude des chefs.

Pour le gouvernement, la capitulation est prévue, inévitable et même programmée. Il cherche à habituer la population à cette idée, mais le peuple de Paris résiste, n'est pas d'accord et obtient même la démission du général Trochu (« participe passé du verbe trop choir » écrira Victor Hugo), car la révolte gronde dans l'air des faubourgs.

Nous l'avons dit, les conditions de vie sont difficiles. Le 5 janvier 71, dans un froid terrible, les femmes font la queue devant les boutiques pour apporter la pitance à la famille. C'est à partir de cette date que les Prussiens bombardent la ville, ajoutant à la faim, au froid, l'angoisse quotidienne. Malgré cela, le peuple de Paris refuse la capitulation.

Le 28 janvier, les Parisiens apprennent qu'ils sont vaincus sans s'être défendus. Ils sont furieux.

Thiers devient chef du pouvoir exécutif le 17 février. Il accorde aux Prussiens le droit d'entrer dans Paris tandis que l'Assemblée, élue le 8 février et installée à Bordeaux, décide des mesures réactionnaires, impopulaires (suppression de la solde à la Garde nationale, levée du moratoire sur les loyers, taxe sur les petits commerces conduisant la plupart d'entre eux à la faillite). Cette Assemblée décide son transfert pour Versailles le 10 mars.

Toutes les conditions sont alors remplies pour que I'insurrection éclate, car depuis de longs mois déjà, le feu couve sous la braise.

La colère éclate

Tout le monde connaît l'affaire des canons, achetés par les Parisiens par souscription pour défendre la capitale et installés par la Garde nationale à Montmartre. Ils sont victimes, dans la nuit du 17 au 18 mars, d'une tentative d'enlèvement par deux brigades des hommes de Thiers qui essaient ainsi de désarmer Paris !

Les troupes tentent d'enlever discrètement les canons, mais impossible de les déplacer ! Ils ont oublié qu'il fallait des chevaux (oubli ou provocation pour mieux écraser dans le sang ce peuple parisien rebelle si l'armée n'avait pas pactisé ? On peut se poser la question). Les chevaux arrivent, faisant résonner les pavés de Montmartre sous leurs sabots. C'est déjà le petit matin, le peuple de Montmartre s'éveille et s'oppose.

Parmi les gens levés de bonne heure, les femmes sont nombreuses. Avec elles. Louise Michel, de garde au Comité de vigilance et qui vient de soigner le garde Turpin, première victime des forces versaillaises. Comme le signale le journaliste Lissagaray (2), témoin de son temps, « elles [les femmes] n'attendent pas leurs hommes, elles avaient eu double ration de misère - elles entourent les mitrailleuses, interpellent les chefs de pièces : "c'est indigne qu'est-ce que tu fais là..." et les soldats se taisent ». La troupe pactise. Le général Lecomte est là lui aussi, qui dirige le 88e régiment. Il essaie de reprendre la situation en main. Il ne fera en fait qu'asseoir une impopularité qui le mènera au mur car Lissagaray précise : « par la rue des Rosiers débouchent gardes et lignards, crosses en l'air, entourés de femmes et d'enfants et malgré les sommations de Lecomte qui par trois fois leur commande de tirer, ils mettent l'arme au pied. 

»Rue Lepic, la foule, parmi laquelle là encore de nombreuses femmes, bloque les canons, en coupant les traits des chevaux. Place Pigalle, les soldats ont levé la crosse en l'air. Malgré les ordres de charger, impressionnés par I'attitude des femmes, ils font reculer leur monture, provoquant des rires dans la foule. Des armes sont récupérées sur la troupe, I'insurrection a commencé. Comme le souligne Édith Thomas dans son ouvrage Les Pétroleuses : « il serait exagéré de dire que cette journée révolutionnaire fut celle des femmes, mais elles y contribuèrent puissamment ». On parlera beaucoup des deux généraux fusillés Lecomte et Thomas, l'homme de la répression de 1848 reconnu par la foule rue des Martyrs. La colère populaire contre Thomas, celle du 88e régiment contre Lecomte, menèrent à I'exécution des deux hommes.

Le drapeau rouge flotte sur l’Hôtel de Ville

Femme à l'Hôtel de Ville 2ème jour de la Commune 1871 - Daniel Vierge (Musée Carnavalet)

Après ce coup de force, Paris n'est pas sans direction. Le Comité central de la Garde nationale a pris le pouvoir laissé vacant après la fuite du gouvernement de Thiers. Depuis le 19 mars, on peut voir flotter le drapeau rouge sur l'Hôtel de ville. Le Comité central se doit de pourvoir aux services publics en attendant les élections pour la Commune qui auront lieu le 26 mars 1871. C'est un moment très important pour I'expression de la démocratie populaire. Durant toute la Commune, les femmes prennent largement leur place dans le débat général. On les retrouve nombreuses dans les clubs et comités qui se tiennent dans tous les quartiers de la ville. Le Club de la rue d'Arras recueille 300 inscriptions pour la « légion des femmes » qui doit aller sur les remparts pour défendre la ville. Le Club de la délivrance, en l'église de la Trinité dans le 9e arrondissement, est présidé par Ladoijka Kawecka. Le Club des prolétaires réunira jusqu'à 3 000 femmes... Partout, dans tous les lieux publics, dans les églises transformées en lieux de débats, l'expression démocratique explose (il faut d'ailleurs souligner que, même s'il y eut quelques exactions. durant la Commune, la pratique de la religion a continué à s'exercer).

Comme nous pouvons le lire dans l'ouvrage Les Communards de J.P. Azema et M. Winock, « dans ces assemblées, les femmes donnent le ton. Parfois elles se réunissent entre elles dans leurs propres clubs. Des ouvrières interviennent, exposent leurs idées et leurs revendications ».

Les femmes soutiennent à fond ce nouveau gouvernement. et c'est pour cela qu'elles sont exigeantes et critiques. Elles ne le ménagent pas. Elles montrent du doigt les réfractaires qui engagent les autres à aller se faire tuer, elles critiquent les vantards qui plastronnent. Dans L'Histoire de la Commune, Lissagaray relate une prise de parole : « J'ai le cœur qui saigne, dit une intervenante, de voir qu'il n'y a absolument que ceux qui le veulent qui combattent. Mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse des membres de la Commune ne fasse avorter nos projets d'avenir ».

Les femmes s’organisent

L'entrée des femmes dans cette révolution est un phénomène de masse. Cela donne à la Commune sa véritable dimension populaire (3). C'est un engagement total. Dès le 3 avril, les femmes veulent marcher sur Versailles. Elles sont 600 place de la Concorde réclamant des armes. 700 les rejoignent au pont de Grenelle. La sortie n'a pas lieu mais, devant une telle détermination, la nécessité de s'organiser s'impose. Le 11 avril, « l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés » est créée. Deux femmes se distinguent dans la direction et l'organisation de cette association : Nathalie Le Mel et Élisabeth Dmitrieff.

Élisabeth Dmitrieff, née en 1850, jeune aristocrate russe, est la correspondante à Paris de Karl Marx. Remarquable organisatrice, elle est à L’origine de la mise en place de structures qui feront leurs preuves durant la Commune.

Au niveau parisien, le comité central de l'Union des femmes compte une représentante par arrondissement. Une commission exécutive est composée, elle comprend 7 membres avec un bureau. Dans la pagaille qui règne durant cette période, on ne peut que souligner l'exploit ! L'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés est le premier mouvement de masse des femmes. Grâce à cette association, la bourgeoisie ne peut les récupérer comme elle tente de le faire en mettant en place une association à but uniquement caritatif.

Le combat des femmes dans la commune
Le combat des femmes dans la commune

Statuts de l'Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés

Elisabeth Tomanovskaïa dite Dmitrieff (1850 - entre 1910 et 1918)

Elisabeth Tomanovskaïa dite Dmitrieff (1850 - entre 1910 et 1918)

Élisabeth Dmitrieff, née en 1850, jeune aristocrate russe, est la correspondante à Paris de Karl Marx. Remarquable organisatrice, elle est à I'origine de la mise en place de structures qui feront leurs preuves durant la Commune.

Au niveau parisien, le comité central de l'Union des femmes compte une représentante par arrondissement. Une commission exécutive est composée, elle comprend 7 membres avec un bureau. Dans la pagaille qui règne durant cette période, on ne peut que souligner l'exploit ! L'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés est le premier mouvement de masse des femmes. Grâce à cette association, la bourgeoisie ne peut les récupérer comme elle tente de le faire en mettant en place une association à but uniquement caritatif.

À travers I'Union des femmes, beaucoup de revendication sont concrétisées. En avance sur leur temps, certaines pourraient être reprises aujourd'hui, comme l'égalité des salaires entre hommes et femmes - nous en sommes encore à 23 % d'écart -, la scolarisation pour les filles (car en 1867 , 41 % d'entre elles ne savent même pas signer de leur nom, contre 25 % des garçons), la formation professionnelle - aujourd'hui on n'interdit plus aux filles certains métiers mais on les décourage en disant qu'il n'y a pas de débouchés pour elles -, l'installation de crèches - une revendication largement mise sous le boisseau actuellement. Elles obtiennent l'aide aux mères non mariées pour les empêcher de sombrer dans la prostitution. Elles gagnent aussi le paiement d'une pension aux veuves de gardes nationaux, qu'elles soient mariées ou non, ainsi qu'à leurs enfants légitimes ou naturels - il n'y a pas si longtemps que I'union libre et les droits des enfants naturels sont reconnus.

 

Affiche de la Commune de Paris n° 342 du 18 mai 1871 - Signature de Frankel (source : La Contemporaine – Nanterre / argonnaute.parisnanterre.fr)

Elles veulent participer à tous les clubs, y compris ceux jusque-là réservés aux hommes. Elles organisent le ravitaillement, la tenue des ambulances, droit qui leur est enfin accordé... Composée de beaucoup d'ouvrières, l'Union des femmes pour la défense de Paris a mené un combat important contre le chômage en organisant des ateliers coopératifs sous forme d'autogestion. Dans ces ateliers, elles ont appliqué l'égalité des salaires.

Dans le même temps, l'Union des femmes pour la défense de Paris appelle les femmes à défendre la Commune. Le 11 avril, elle lance un appel aux citoyennes : « Nos ennemis ce sont les privilégiés de I'ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de nos misères... ». D'autres appels suivront pour l’organisation des salariées, comme celui du 17 mai (quelques jours avant la Semaine sanglante) pour envoyer des déléguées à la Chambre fédérale des travailleuses qui se formait. Le texte est signé du ministre du Travail Léo Frankel et des sept dirigeantes de l'Union des femmes. C'est dire l'importance qu'elles ont prise.

Affiche de la Commune de Paris n° 342 du 18 mai 1871 - Signature de Frankel (source : La Contemporaine – Nanterre / argonnaut

Affiche de la Commune de Paris n° 342 du 18 mai 1871 - Signature de Frankel (source : La Contemporaine – Nanterre / argonnaute.parisnanterre.fr)

L’engagement de toutes

Les ouvrières sont d'actives partisanes de la Commune, elles s'engagent nombreuses dans ce combat politique… mais pas seulement elles. D'autres catégories de femmes, des commerçantes, des artistes comme Madame Agar de la Comédie française ou la chanteuse « la Bordas » comme on l'appelle, ne ménagent pas leur peine. Elles sont de toutes les manifestations.

Maxime Vuillaume (4), journaliste en 1871, raconte dans son ouvrage Les Cahiers rouges :

Le rideau se lève. Sur la scène une forte femme. Péplum blanc traînant derrière elle.

Ceinture rouge à la taille. On trépigne. On bat des mains. La femme chante, son nom vole sur les banquettes. C'est la Bordas... Au refrain c'est le délire. Toute la salle a repris en chœur : c'est la canaille et bien j’en suis !

Portrait de Rosa Bordas (1840-1901)
Portrait de Rosa Bordas (1840-1901)

Portrait de Rosa Bordas (1840-1901), chanteuse patriotique au Conservatoire parisien - photographie Émile Robert (Musée Carnavalet - Histoire de Paris) / Madame Agar (1832-1891), née Marie-Léonie Charvier, comédienne, - Photographie Pierre Lanith Petit (Musée Carnavalet - Histoire de Paris)

Rosalie Bordas s'est rendue populaire avec cette chanson écrite par Alexis Bouvier au lendemain de l'assassinat du journaliste Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte.

Cette chanson contestataire fut interprétée en 1870 par Rosa Bordas sur une musique de Joseph Dacier. La Bordas (Rosalie Martin) allait de places en squares, vêtue d’un lin blanc et flanquée d’une écharpe tricolore… Ses admirateurs disaient : «Elle a du cœur la gosse !»… et ses détracteurs : «Ça chante faux, ça durera pas !» Lorsqu’elle chantait La Marseillaise, elle s’enroulait lentement dans un drapeau tricolore. C’est elle qui, par son interprétation, permit aux paroles alors centenaires de Rouget de Lisle, de devenir définitivement, en 1879, l’hymne national de la France. Après La Marseillaise que lui avait chantée son grand-père, C’est d’ la canaille ! Eh ben ! J’en suis ! connut un immense succès…

La canaille (D'abord appelée la chanson des gueux)

Alexis Bouvier (1836-1892)

Dans la vieille cité française
Existe une cité de fer,
Dont l’âme comme une fournaise
A de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille,
Et pour palais n’ont qu’un taudis…
C’est la canaille !
………………………Eh bien ! J’en suis !

Ce n’est pas le pilier du bagne ;
C’est l’honnête homme dont la main
Par la plume ou le marteau gagne
En suant son morceau de pain.
C’est le père enfin qui travaille
Les jours et quelquefois les nuits.
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

C’est l’artiste, c’est la bohème,
Qui sans souper rime rêveur
Un sonnet à celle qu’il aime,
Trompant l’estomac par le coeur.
C’est à crédit qu’il fait ripaille,
Qu’il loge et qu’il a des habits.
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

C’est l’homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l’œil de hibou,
Au bras de fer, à main nerveuse,
Qui sortant d’on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris.
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

C’est l’enfant que la destinée,
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canon de la bataille,
Toujours il succombe sans cris…
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

Ils fredonnaient la Marseillaise,
Nos pères, ces vieux vagabonds
Attaquant en quatre-vingt-treize
Les bastilles dont les canons
Défendaient la vieille muraille…
Que de trembleurs ont dit depuis :
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

Les uns travaillent par la plume
Le front dégarni de cheveux
Les autres martèlent l’enclume
Et se saoulent pour être heureux.
Car la misère en sa tenaille
Fait saigner leurs flancs amaigris…
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

Enfin, c’est une armée immense
Vêtue en haillons, en sabots ;
Mais qu’aujourd’hui la vieille France
Les appelle sous ses drapeaux,
On les verra dans la mitraille…
Ils feront dire aux ennemis :
C’est la canaille !
……………………..Eh bien ! J’en suis !

La comédienne Agar, sociétaire de la Comédie française, survivra à la Commune et connaîtra, malgré son talent, la répression. Plus aucun contrat ne lui sera accordé et elle mourra dans la misère.

Toutes ces femmes luttent contre d'immenses préjugés entretenus dans le mouvement révolutionnaire, encore sous I'influence de Proudhon, remarquable théoricien contre la propriété privée mais, reflet de son temps, partisan acharné de la femme au foyer et sans droits. Il n'est qu'à citer quelques passages de ses ouvrages pour s'en rendre compte :

capable jusqu'à un certain point d'appréhender une vérité trouvée, elle [la femme] n'est douée d'aucune initiative [...] son intelligence ne lui fait point signe à elle-même [...] et sans l'homme qui lui sert de révélateur et de verbe, elle ne sortirait pas de l'état bestial.

Autre citation pseudo-scientifique :

La femme est inférieure à l'homme par la conscience autant que par la puissance intellectuelle et la force musculaire [...] Elle est à I'homme comme 3 x 3 x 3 est à 2 x 2 x 2, soit 27 à 8.

La Canaille chantée par Rosalie Bordas

La Canaille chantée par Rosalie Bordas

Le combat des femmes dans la commune
Leodie Champseix dite Andrée Léo

Léodile Champseix dite André Léo (1824-1900)

André Léo, journaliste et écrivaine de talent, n'a besoin de personne pour lui dicter ce qu'elle doit dire, faire et penser. Son ouvrage La femme et les mœurs publié avant la Commune démonte point par point les théories de Proudhon. C'est un véritable réquisitoire contre l'ordre patriarcal.

Elle a à son actif un grand nombre d'ouvrages et de romans. Elle aurait dû connaître une renommée plus grande mais, c'est une femme, et de plus, une partisane de la Commune. C'est à travers le journal La Sociale, dans lequel elle écrit, que l'on retrouve les moments importants de l’Union des femmes pour la défense de Paris. Le 11 avril, elle publie les statuts de l’Union des femmes et dans le numéro du 6 mai 1871, elle se plaint de l'accueil peu aimable que des officiers ont réservé à des ambulancières de la Commune. Rossel répond personnellement au « citoyen André Léo » pour s'indigner du rejet de ces « dévouements qui restent inutiles ». Dans une lettre du 9 mai, André Léo le remercie de son attitude envers les femmes.

Les barricades

À partir du 21 mai, les troupes versaillaises entrent dans Paris. C'est le début de la semaine sanglante !

André Léo écrit que plusieurs milliers de femmes participent à la lutte sur les barricades. Elle-même est aux Batignolles. Louise Michel et Marguerite Diblanc sont à la barricade de la Chaussée-Clignancourt. Victorine Rouchy du bataillon des Turcos et Léontine Suetens, cantinière au 135e bataillon, sont avec Élisabeth Retiffe et Joséphine Marchais sur la barricade de la rue de Lille. Marguerite Lachaise, cantinière au 66e qui a fait le coup de feu dans la plaine de Châtillon, Eulalie Papavoine qui a combattu à Neuilly, Issy, Vanves et Levallois, sont elles aussi rue de Lille. Madame David est à la porte Maillot.

Une barricade de femmes au faubourg rochechouart

Une barricade de femmes au faubourg Rochechouard  - Dessin à l’encre brune, rehaussé de gouache par Alexandre Dupendant (Musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard)

Jusqu'au dernier jour de la Commune, les femmes se battent. Ladoïjka Kawecka, dirigeante du Club d'Arras, participe à la défense de la gare Montparnasse ; Marie Chiffon, combattante de 1848, est sur la barricade du Panthéon.

Selon Lissagaray, 120 femmes environ participent à la barricade de la place Blanche. Cinquante sont sous la direction de Nathalie Le Mel place Pigalle. Benoît Malon et Louise  Michel avancent le chiffre de 10 000 femmes qui combattirent durant la semaine sanglante (vérification évidemment fort difficile à faire).

Barricade tenue par les femmes

Barricade tenue par les femmes - gravure de José Luis Pellicer

Ces femmes savent pertinemment que la partie est perdue. Elles ne fuient pas, écrivant ainsi une page héroïque que l'on voudrait parfois, dans certains milieux, nier, tant cela va à l'encontre, même encore aujourd'hui, des idées reçues. Elles se sont battues comme les hommes et durant la semaine sanglante les Versaillais sont surpris et furieux de trouver des barricades défendues par des femmes. La bataille fait rage dans Paris.

La répression

Communarde prisonnière

Communarde prisonnière - (source : Illustrated London News du 24 juin 1871)

La répression est terrible pour elles. Elles sont, pour un grand nombre, fusillées sur les barricades mêmes. De Villiers, un Versaillais, écrit à propos d'une des barricades qu'il situe boulevard Voltaire (il s'agit plutôt, très certainement, de la barricade construite par les femmes rue du Faubourg-Saint-Martin, près de la mairie du Xe où elles avaient leur siège) :

un grand nombre de femmes (52 ? ) prises les armes à la main furent sur-le-champs fusillées.

Plus de 1 000 selon l'enquête parlementaire sur l'insurrection du 18 mars - rapport présenté par le capitaine Briot (6) - furent arrêtées et comparurent devant le 4e conseil de guerre. Et parce que Paris s'enflamme pour se défendre, elles sont appelées les « pélroleuses » par les Versaillais. Le procès qui porte ce nom se solde par des condamnations à mort. Mais personne n'a vu ces femmes allumer les incendies et les peines sont commuées en perpétuité.

410 communards dont 29 femmes sont condamnés aux travaux forcés. 20 à la déportation dans une enceinte fortifiée, 16 à la déportation simple.

Une institutrice relate son séjour carcéral dans ce lieu particulièrement humide et nauséabond, situé au Grenier des casernes des Grandes Écuries de Versailles. Elle y expose les conditions de détention déplorables et les sévices contre les détenus. Les femmes pouvaient être suspendues aux poutres du grenier pour être fouettées en cas de rébellion.

Céleste Hardouin (1832-1904)

Céleste Hardouin (1832-1904) - L’Illustration du 14 octobre 1876, dessin de Auguste Lançon.

Céleste Hardouin née Toulmé est née le 12 Juillet 1832 à Bréhémont (Indre et Loire) Elle est institutrice à l’école 7 rue des Moulins dans le 18ème arrondissement de Paris. Elle et arrêtée le 7 juillet 1871, dans sa classe, pour le simple fait qu’elle a fréquenté le Club de la Révolution sociale en l’Eglise Saint- Michel des Batignolles durant la Commune. Arrêtée sur dénonciation elle est envoyée à la prison des Chantiers à Versailles.

Louise Michel en parle dans ses mémoires soulignant qu’elle ne dit rien de son séjour à Versailles car, dit- elle « Madame Hardoin écrira sur cet emprisonnement » . Effectivement en 1879, Madame Hardoin dépose à la BNF ce petit ouvrage si riche d’enseignements sur les conditions ignobles de détention des communardes entassées dans un grenier de la prison des Chantiers et subissant la haine des matons. (7)

Pour donner quelques chiffres, en tenant compte selon le rapport Appert (8) de l'ensemble des jugements, on peut dire que sur l3 450 condamnations, il y eut 158 femmes et 62 enfants. À la rudesse de la peine, on ajoutait l'infamie puisque les femmes étaient souvent accusées de vol ou de prostitution, y compris avec les Prussiens.

Nathalie Le Mel et Louise Michel sont condamnées à la déportation en enceinte fortifiée. Comme Louise Michel lors de son procès, Nathalie Le Mel prend toutes ses responsabilités et explique tout : la société coopérative La Marmite, son rôle dirigeant à I'Union des femmes, sa participation aux barricades. Aussi, quand le président du tribunal lui demande de s'expliquer sur son rôle lors de l'arrivée des troupes versaillaises, elle répond :

nous sommes allées sur les barricades au nombre de 50 ou 60 femmes. Nous avons été envoyées par la Commune aux Batignolles, puis à la barrière Pigalle.

Elle affirme encore sa participation au comité central de I'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.

Comme Louise Michel, elle se fâche lorsqu'elle apprend que des amies bien intentionnées ont demandé pour elle, lors de son incarcération, un recours en grâce, elle n'en veut pas, elle assume. Les condamnées sont incarcérées à la prison d'Auberive (Haute-Mame). Elles seront ensuite transportées à Langres où une voiture cellulaire les conduira jusqu'au port de La Rochelle pour l'embarquement le 28 août sur la frégate La Virginie. C'est en traversant Langres qu'elles eurent I'occasion de voir un groupe d'ouvriers, sortis de leur atelier, enlever leur casquette pour les saluer. À bord de La Virginie, elles sont l8 enfermées dans des cages. Louise Michel, qui contrairement à Nathalie Le Mel, écrivit et heureusement beaucoup, a dressé la liste des captives. Le voyage vers les bagnes de Nouvelle-Calédonie dure 120 jours !

En déportation, les listes qui comportent des représailles indiquent toujours en no 1 Louise Michel, en no 2 Nathalie Le Mel. Toujours elles résistèrent !

Durant leur déportation, et ce n'est pas le cas de tous les communards loin s'en faut, elles prennent le parti des révoltés kanaks qui luttent contre la colonisation française.

La Commune : comme une étoile au firmament

Comment citer toutes ces femmes qui ont donné leur temps et souvent leur vie à la Commune ! Des milliers, inconnues, mortes au combat, raflées, outragées et fusillées sans jugement. Le millier d'emprisonnées... il y en a tant ! Sophie Poirier, Mesdames Collin, Chiffon, Papavoine, Taillefer, Gorget, considérées lors de leur déportation comme fortes têtes, quel courage elles ont eu ces faibles femmes ! Parfois elles sont déportées avec leurs enfants, quelle douleur cela devait être ! Quelques-unes seulement comme André Léo, Paule Mink, Élisabeth Dmitrieff, réussirent à échapper aux représailles, mais durent s'enfuir.

Elles n'ont pas lutté pour rien. Dès 1879, 30 000 personnes se réunissent à Chicago pour honorer la Commune. Le Mur des fédérés est fleuri chaque année. Pour toutes les grandes luttes de libération des peuples, en France, mais aussi dans le monde, c'est une référence.

La Commune et ses organisations ont beaucoup œuvré pour que les femmes prennent leur place dans les luttes, dans la société, pour une réelle égalité. Les femmes, dans un contexte pourtant difficile, bousculant bien des idées reçues, avaient commencé à mettre en place une autre façon de faire de la politique pour donner à la démocratie des chances de réussite.

Aujourd'hui encore le droit des femmes est bafoué, remis en question à travers l'intolérance religieuse, à travers I'exploitation capitaliste, les violences faites aux femmes, et la lutte n'est pas terminée. Les organisations féministes, héritières de la Commune, ont encore du pain sur la planche. Il est urgent de mettre en place l'égalité entre hommes et femmes, condition d'une véritable démocratie car comme l'écrit Louise Michel dans ses mémoires, « si l'égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine ».

Pour en savoir plus et poursuivre cette histoire lire la suite.....

La Commune de Paris, dernière révolution avant la République

La Commune de Paris n’est pas une révolution "contre" mais le début d’une longue discussion : la république d’accord mais laquelle et comment ?

La commune, une vraie guerre civile

La Commune de Paris est la dernière révolution française en date mais c’est aussi une des plus sanglante guerre civile de l’histoire contemporaine.

En mars 1871, les Parisiens sortent d’un sale hiver, une année terrible, celle de la guerre franco-germanique qui s’achève par un siège de la ville de quatre mois. On a eu faim et froid, on a eu peur aussi. Napoléon III a perdu cette guerre qu’il avait voulu et l’empire s’est effondré avec lui. 

Une république a été proclamée à la va vite qui tarde à démontrer ses vertus protectrice et démocratique mais signe la capitulation le 28 janvier face au gouvernement impérial allemand. Alors que l’armée de Bismarck l’encercle encore, la ville lumière ne contient plus sa colère. 

Le 18 mars, une émeute éclate à Montmartre alors que l’armée tente de s’emparer des canons de la Garde nationale. La Commune de Paris est déclarée dans la foulée tandis que le gouvernement et l’Assemblée nationale fuient Paris pour s’installer à Versailles. Une guerre civile commence entre deux conceptions de la République en France.

 

Changement de projet

La guerre civile n'éclate pas tout de suite. Les communards ne veulent pas de cette guerre. Ils veulent créer une commune, c'est-à-dire une commune autonome qui se donne ses représentants, qui vote ses propres lois.  Michel Winock

Belle mort

Pour mourir, une barricade, c'est très classe, ça fait une belle mort mémorable. En revanche, pour le combat urbain, force est de constater, que ces magnifiques barricades se révèlent finalement assez peu efficaces. Eric Fournier

Guerre civile ou insurrection ?  

Le massacre des parisiens, entre le 21 et le 28 mai 1871, est resté dans les mémoires comme un long martyre de la classe ouvrière.

La Commune de Paris, dernière révolution avant la RépubliqueArtist Name
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Vue générale du parc d'artillerie de la Butte Montmartre le 18 mars 1871

Vue générale du parc d'artillerie de la Butte Montmartre le 18 mars 1871. ©AFP - AFP

La commune, plus belle la vie.

La Commune de Paris est née le 18 mars 1871 et elle organise aussitôt des élections municipales pour désigner ses représentants. Une fois Paris abandonné aux insurgés, tout devait changer mais comment vit-on en révolution ?  Dans un océan de doutes et d’incertitudes mais aussi dans la jouissance de la transgression et de tenir entre ses mains, peut-être, la suite de l’histoire.   

Deux Républiques coexistent désormais : celle de l’Assemblée nationale qui s’est réfugié à Versailles et celle de la Commune de Paris qui vient d’élire ses représentants. Ils n’auront que 72 jours pour esquisser leur société idéale, la bonne République, la Sociale, celle qui rend la vie plus belle et pas seulement pour quelques-uns.

Vertige de la responsabilité

Tout à coup, quand même, le 17 mars, on a aucun pouvoir et le 18 mars, on les a tous. Ludivine Bantigny

Citoyens, Citoyennes

I l y a beaucoup de flou, d'incertitudes, de complexité puisque l'insurrection de la Commune n'a pas été préparée. La preuve est que pendant toute la journée du 18 mars, les Parisiens se demandent mais qui a le pouvoir ?

Socialisme ? 

La question se pose quand même de manière absolument majeure sous la Commune de faire cesser le rapport d'exploitation lié au capital, à l'extorsion du profit.

La Commune, plus belle la vieArtist Name
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Élisabeth Dmitrieff, née en 1850, jeune aristocrate russe, est la correspondante à Paris de Karl Marx. Remarquable organisatr

La colonne Vendôme renversée pendant la commune de Paris

La commune, une photo de famille

Portraits des communardes et des communards qui ont animé la Commune de Paris à travers leurs procès et la légende noire que leurs vainqueurs ont tissée après « la Semaine sanglante ».

Qui sont les Communardes et les Communards qui ont signé de leur sang cette dernière révolution française ? Ils sont nombreux à retrouver l’anonymat après la semaine sanglante, dans la foule des faubourgs parisiens loin de Belleville, de Montmartre et de la Butte aux Cailles, en exil en Belgique ou en Angleterre. Ils sont aussi nombreux ceux qui en sont morts. 

Il y a peu de héros ou d’héroïnes dans le récit de la Commune à l’exception de Louise Michel, devenue la figure sensationnelle d’une insurrection qui vouait un culte à l’action collective. 

Les insurgés de la Commune de Paris sont encore victimes de la légende noire tracée par les vainqueurs : le garde national hirsute et débraillé, porté sur la bouteille et assoiffé de sang, la pétroleuse, cette mégère imaginaire qui aurait abîmée la carte postale touristique de Paris. Si la légitimité politique et historique leur est refusée, la presse étrangère leur octroie immédiatement un talent fou pour créer ces paysages de destructions, ceux du fantasme de la chute de la civilisation que le romantisme chéri tant à l’époque. 

La Commune c’est l’histoire d’une défaite, dont les vaincus n’ont même pas eu la liberté de choisir le nom qu’on leur donnait.   

Le fantasme de la pétroleuse 

On présente les femmes comme des pétroleuses, des femmes qui allaient brûler Paris à la fin avec des bidons remplis de pétrole. C'est une image fantasmatique qui n'a pas existé, mais qui était représentée.

Légende noire

La Commune a été associée d'abord aux étrangers par les Versaillais qui voulaient dénoncer une Commune cosmopolite. Dans le langage versaillais, la Commune, c'est un ramassis d'ivrognes, de débauchés, de criminels et d'étrangers qui sèment le désordre dans la ville.

La Commune, une photo de familleArtist Name
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Caricature d'un « pétroleuse » sur une carte postale Versaillais 1871.

Caricature d'un « pétroleuse » sur une carte postale Versaillais 1871.

Petroleuse Il est le terme qui décrit une femme accusée d'utiliser l'huile pour allumer le feu dans 1871 pendant les événements de commune de Paris. En particulier, ce terme a été utilisé après l'incendie dell 'Hôtel de ville Paris (24 mai 1871),. Les femmes qui avaient pris part aux combats sont devenus des boucs émissaires de la destruction qui a eu lieu au cours de la semaine de sang. A Paris la vente de liquides inflammables a été interdit pendant plusieurs mois après la fin de la Commune.

Les recherches historiques récentes de commune de Paris, Robert Tombs et Gay Gullickson, a révélé qu'il n'y avait en fait pas de feu intentionnel fixé par les femmes et aucune femme n'a été effectivement condamné comme incendiaire. Parmi les milliers de Communards présumés jugés après la Commune, seuls quelques-uns ont été reconnus coupables et ont été condamnés pour avoir tiré sur les troupes de Versailles, non pas comme incendiaire. L 'Hôtel de Ville et les bâtiments le long de la Rue de Rivoli Ils sont brûlés dans les combats de rue entre les Communards et les troupes de Versailles, tandis que d'autres bâtiments ont été détruits par les bombes incendiaires.

Gullickson pétroleuse suggère que le mythe était en fait partie d'une campagne de propagande orchestrée par les politiciens Versailles de dépeindre la Commune de Paris comme contre nature, destructeur et barbare, répandant l'idée d'une supériorité morale des forces loyalistes que les Communards « contre nature ». A la suite des événements de la Commune est née la légende pétroleuses, Il a rendu au XXe siècle. Pour comprendre la logique de ce terme, il faut voir le contexte du temps et de se rappeler que, si la femme n'a pas été considéré comme un membre à part entière de la société, la municipalité avait établi l'égalité par rapport aux hommes.

La commune et ses vies successives

Si la Commune de Paris n’a duré que 72 jours, elle a connu une postérité changeante au cours du XXe siècle et se trouve réactivée aujourd’hui au sein de nombreux mouvements sociaux du XXIe siècle.

La Commune de Paris est longtemps restée reléguée à un passage obligé de la commémoration de gauche mais aujourd’hui elle resurgit dans les mouvements sociaux qui veulent rompre avec les intermédiaires traditionnels, les partis politiques et les syndicats fondés au XXe siècle. Au moment de son 150e anniversaire, la Commune, c’est tendance.  

En seulement 72 jours, elle a laissé derrière elle un héritage y compris celui érigé par ses ennemis, des églises, des grandes des petites, des charniers, des amnistiés qui portent la Commune en eux et qui ont écrit autant que leurs ennemis. Si les Versaillais ont construit un monument pour l’expier, le Sacré Cœur, le véritable monument de la Commune est un monument de papier, un massif de témoignages et de livres de récit qui la relaient sans cesse depuis sa chute, pour l’empêcher de disparaitre et transmettre l’espoir vertigineux qu’elle avait laissé entrevoir.  

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Vertige de la responsabilité

Tout à coup, quand même, le 17 mars, on a aucun pouvoir et le 18 mars, on les a tous. Ludivine Bantigny

La Commune c'est "tendance"

La Commune c'est une tendance et pour nourrir cette tendance, cette motivation, ce désir de démocratie directe, il n'est pas faux de faire allusion à la Commune de Paris.

Il y a une crise et une incertitude dans la société actuelle et la Commune apparaît quand même comme un formidable laboratoire d'expérience démocratique et sociale.

Ca fait longtemps dans les milieux militants que le goût du morbide existe parce que c'est le goût de l'héroïsme. C'est à dire que des gens sont morts, oui, mais ils se sont battus, mais ils sont restés même s'ils ont perdu. Au final, c'est ça qui est un peu loué dans les mouvements.

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Mur des Fédérés le 22 novembre 2014 au cimetière du Père Lachaise,

Mur des Fédérés le 22 novembre 2014 au cimetière du Père Lachaise, Paris, France ©Getty - Robert DEYRAIL/Gamma-Rapho via Getty Images

La barricade de la place Blanche tenue par des femmes, mai 1871.

La barricade de la place Blanche tenue par des femmes, mai 1871.

Ce que voulaient les femmes.

le droit au travail,

- l'égalité des salaires avec les hommes,

- la même reconnaissance de qualification que les hommes,

- le droit à l'instruction,

- l'abolition de la prostitution,

- le droit au divorce,

- la reconnaissance des enfants naturels ou illégitimes,

- la reconnaissance des concubines qui doivent avoir les mêmes droits que les femmes mariées,

- l'école laïque et gratuite pour les filles et les garçons,

- la laïcisation des hôpitaux.

Ce qu'elles ont obtenu et fait

Dès le 18 mars 1871, les femmes montrent leur implication dans la Commune : en effet, ce sont les premières à donner l'alerte lorsque l'armée, sur ordre d'Adolphe Thiers, cherche à récupérer les canons de la Garde nationale à Montmartre. Elles s'interposent entre les soldats et l'artillerie et à les rallient à elles.

Elles sont ambulancières (Le Cri du Peuple, 21 mai, p. 2, 4ème colonne, 2ème article), cantinières et défendent les barricades, carabines à la main car certaines d'entre elles connaissent le maniement des armes : elles ont participé à des batailles pendant le siège de Paris ou appartenu aux Amazones de la Seine.

Le 11 avril 1871, Elisabeth Dimitrieff et Nathalie Le Mel, membres de l'Association internationale des travailleurs, créent l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés dont les statuts sont publiés dans La Sociale le 20 avril 1871 par André Léo. Ses comités siègent dans les mairies d'arrondissements qui reçoivent les demandes d'offres de travail. Elle participe à la réorganisation des ateliers coopératifs et du travail des ouvrières, aux combats par leurs actions en tant qu'ambulancières, aux fourneaux ou sur les barricades.

Bien que les femmes ne participent pas aux institutions de la Commune (elles ne sont pas électrices), elles réussissent quand même à faire entendre leur voix en fondant des clubs, parfois exclusivement féminins, où elles prennent la parole librement et président des séances : Club de la Boule Noire fondé par Sophie Doctrinal, Club des femmes patriotes à Saint Lambert-de-Vaugirard, Club de Notre-Dame-de-la-Croix à Belleville. Elles écrivent aussi des articles dans les journaux autorisés sous la Commune, rédigent des manifestes. Elles organisent et participent aux comités d'arrondissement, de vigilance comme celui de Montmartre.

Si elles prennent une part active dans les combats, les femmes s'impliquent aussi dans l'éducation. Ayant adopté le manifeste de la société de "L'éducation nouvelle", la Commune s'inspire de ce dernier pour son programme scolaire. Les femmes y contribuent par la mise en place d'écoles professionnelles pour les filles, la création de crèches populaires à l'initiative de Maria Verdure, qui avec Elie et Félix Ducoudray, écrit un mémoire sur les crèches qui commence ainsi : "L'éducation commence du jour même de la naissance ; il importe donc de déterminer le mode et la somme d'éducation applicables à l'enfant au berceau, tout en reconnaissance qu'à cette époque de la vie le but principal doit être le développement physique." (Journal Officiel du 15 mai, p. 2 dernière colonne et du 17 mai, p. 2 dernière colonne).

Elles obtiennent également une pension alimentaire en cas de séparation (Journal Officiel du 14 mai, p. 1 1ère colonne) et les épouses ou concubines de Gardes nationaux blessés ou tués au combat reçoivent une pension. Dans l'enseignement, la rémunération des institutrices est la même que celle des instituteurs (Le Cri du Peuple, 22 mai, p. 2, 4ème colonne, 2ème article).

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